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Aki, l'automne : 秋
Les japonais et la Nature
Au Japon, la Nature a une place très importante. Le lien que les japonais entretiennent avec leur environnement est très fort, et se retrouve dans beaucoup de gestes de la vie quotidienne. Cela se traduit dans la religion du shintoïsme. Mais le concept de religion est inexistant au Japon. La plupart des japonais disent n'appartenir à aucune religion. C'est parce que cette connexion avec la Nature n'est pas appréhendée comme tell, mais relève plutôt d'une esthétique, d'une philosophie fondée sur l'harmonie (avec son environnement). C'est d'autant plus important que Mère Nature est souvent violente et capricieuse avec ce pays qui a eu la mauvaise idée de se placer en plein milieu de trois plaques tectoniques.
Ces préceptes d'harmonie rapportés au quotidien se retrouvent notamment dans le concept de saison. La distinction des quatre saisons témoigne de l'équilibre d'un cycle. C'est pourquoi on la retrouve dans les arts, comme le Haiku, ou encore simplement dans les expressions courantes, au détour d'une conversation.
Les saisons dans l'art et la conversation
Le Haiku, par exemple, est un court poème de 3 vers (le plus court du monde) qui a pour seule obligation (hormis le nombre de vers, bien sûr !) de citer un mot, et un seul, de référence à une saison. Il y a un même un dictionnaire spécifique pour ces "mots de saison" : le Saïjiki. Il peut s'agir de phénomènes météo (le brouillard pour l'automne), de paysages (les marécages), de plantes (les champignons, les feuilles d'érable rouges), d'animaux (les cerfs, les étourneaux, les bars), etc.
Voici un exemple de Haiku sur l'automne, de Masaoka Shiki (XIXe siècle). Comme le Haiku n'a pas de rimes, il peut facilement être traduit en français :
"Me retournant pour voir
L'homme que j'ai croisé...
Le brouillard "
Bien sûr, on retrouve les saisons dans toutes les formes d'art, et si vous regardez des estampes japonaises, il est rare de ne pas apercevoir de détails significatifs, comme par exemple les fameuses feuilles d'érable rouges.
En ce qui concerne la conversation, les références au temps sont légions. Ainsi, avant les informations, il n'est pas rare de voir des images de forêts rougeoyantes, puis les présentateurs commencer par parler des phénomènes saisonniers qui se profilent petit à petit. De plus, dans toute correspondance, des expressions courantes sont employées en fonction de la saison : "Les érables commencent à rougir dans le parc voisin, j'espère que vous vous portez bien" ou bien " Nous sommes en automne, saison de fraîcheur, et aurions plaisir à vous rencontrer prochainement"...
Rituels et traditions : l'automne
Par ailleurs, les japonais suivent des rituels et des traditions saisonniers spécifiques.
Ce qu'il faut bien garder en tête, c'est que tout ceci est parfaitement intégré dans la vie quotidienne, et qu'il ne s'agit en aucun cas d'une obligation ou d'un devoir d'ordre religieux. C'est une célébration, de la même façon que nous célébrons Noël. Avoir ses traditions et les apprécier, car fondatrices d'une identité. Avec le même enthousiasme que moi quand je raconte notre façon de fêter Pâques (qui, certes, est d'origine religieuse, mais se vit avant tout comme une occasion spéciale à partager entre nous).
L'automne une saison particulièrement appréciée. Tout d'abord, pour son climat, très doux, qui soulage des grandes chaleurs de l'été. C'est la saison de la récolte du riz, la saison des matsuri, la saison des rencontres sportives à l 'école, la saison des "arbres en feu".
Le Momijigari ou 紅葉 (Kôyô), est la plus célèbre des traditions de la saison. Momiji signifie "feuille d'érable", mais uniquement quand elle prend la couleur rougeoyante de l'automne. Le Japon des montagnes (80% du territoire), est recouvert de forêts qui se parent en cette saison d'une palette de couleurs rouges, jaunes et orangées. Kôyô consiste juste à prendre le temps de les regarder, de les apprécier, de les admirer. Pour cela, certaines places sont plus populaires que d'autres, près de Kyôto notamment. Le principe est donc de réserver sa journée pour faire une excursion ou une simple promenade dans ces endroits, et juste... "enjoy", et être reconnaissant.
« Kaze o hikimashita »
Nous avons eu un mois d'octobre très très doux, de grands ciels bleus sans nuages qui faisaient penser à des jours d'été. Même si la température chutait le soir tombé (c'est-à-dire vers 17h30-18h). Cela a perduré jusqu'à la date fatidique du 6 novembre, où il s'est mis à faire un froid pénétrant même le jour. Le changement a été tellement brutal (je suis passée du T-shirt sans manches au Duffle Coat) que la quasi totalité de la population est tombée malade. Pas simultanément, mais ils sont tous tombés, les uns après les autres, moi la première ! L'expression basique pour dire qu'on a attrapé un rhume, qu'on a attrapé froid, qu'on a la gale, etc, c'est "kaze o hikimashita". Petite anecdote : le professeur français, M. Guthman, qui m'avertit que Mieko ne viendra pas parce qu'elle "est refroidie" (paraît que ça veut dire attraper froid en français... pour moi ça veut dire quelque chose de plus drastique).
Du coup mon vocabulaire s'est considérablement étoffé. "Hanamizu", qui littéralement signifie "nez-eau", veut donc dire "avoir le nez qui coule" (la simplicité, y a que ça de vrai !). Je sais maintenant dire "je tousse", "Ca s'est refroidi n'est-ce pas ?" "Oh oui ! ça s'est refroidi" (in-dis-pen-sa-ble !), etc.
Comme vous le savez peut-être, certains japonais portent un masque sur la figure pour ne pas propager leur microbe. Cela a souvent été véhiculé par les média en Europe comme le fait de trop de pollution... (il ne faut jamais croire ce que vous disent les médias). Ils en portent donc bien, mais ils ne sont pas tant que ça. Cependant, c'est très amusant de les voir discuter le plus naturellement du monde avec leurs amis, moi je pourrais pas regarder sérieusement quelqu'un qui me parle avec un masque sur le visage !
Une de nos professeurs n'a pas été épargnée, mais je trouve intéressant de noter la façon dont elle se comportait. Elle avait "hanamizu", mais refusait de se moucher. Elle avait donc une petite serviette carrée avec elle (je dis bien serviette, pas mouchoir), qu'elle pressait contre son nez régulièrement pour empêcher de couler. J'ai eu soudain honte de m'être vidé le nez ostentatoirement la semaine d'avant...
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